univers
à l'école des arbres
mon toucher
Il y a des touchers qui disent : je vais prendre soin de toi.
D’autres qui disent : je sais ce qu’il faut faire.
D’autres encore qui cherchent, parfois sans même le savoir, quelque chose en retour.
Et puis il y a un toucher qui ne demande rien.
Une main se pose.
Et elle dit simplement :
Je t’aime.
Pas « je te désire ».
Pas « j’ai besoin de toi ».
Pas « deviens autre chose ».
Je t’aime.
Avec ce corps-là.
Avec cette peau-là.
Avec ce que tu montres et ce que tu caches.
Avec tes endroits lumineux et ceux que tu as passé une partie de ta vie à essayer de faire disparaître.
Je ne sais pas si une main peut vraiment dire tout ça.
Mais je sais qu’un corps peut l’entendre.
Et parfois, c’est bouleversant.
Parce que nous avons appris tellement de choses sur nos corps.
Qu’ils étaient trop gros. Trop maigres. Trop vieux. Pas assez désirables. Trop désirants. Pas assez. Qu’il fallait les contrôler, les améliorer, les cacher, les montrer, les rendre performants, beaux, sages, spirituels peut-être.
Et puis une main arrive.
Elle ne corrige rien.
Elle ne demande rien.
Elle reste là.
Je t’aime avec tout ce que tu es.
Mais pour qu’une main puisse dire cela, je crois qu’il faut qu’elle ait commencé par faire un autre chemin.
Vers celui qui touche.
Parce qu’on ne touche jamais seulement avec ses mains.
On touche avec son histoire. Ses peurs. Ses manques. Son désir. Ses blessures. Sa honte parfois. Sa beauté aussi.
On touche avec tout ce que l’on est.
Alors peut-être que le soin tantrique commence bien avant de toucher quelqu’un.
Il commence lorsque je peux regarder ce qui vit en moi sans avoir besoin de le cacher.
Mon désir aussi.
Mes fragilités.
Mes contradictions.
Mes endroits magnifiques et mes endroits beaucoup moins présentables.
Tout mon bazar.
Et dire :
Oui.
Toi aussi.
Je t’aime.
Alors quelque chose change dans la main.
Elle n’a plus besoin que l’autre lui rende quoi que ce soit.
Elle n’a plus besoin d’être une bonne main.
Une main spirituelle.
Une main thérapeutique.
Elle peut simplement rencontrer.
Et peut-être que c’est cela que l’autre sent.
Pas : « cet homme m’aime ».
Quelque chose de beaucoup plus vaste et de beaucoup moins personnel.
Comme si, pendant un instant, le toucher disait :
Tu peux être là.
Entièrement.
Tu n’as rien à enlever de toi pour être aimé.
Et moi non plus.
C’est peut-être pour cela que le cadre est si important.
Parce qu’aimer ne donne aucun droit.
Aimer n’autorise pas à prendre.
Aimer n’efface pas un non.
Au contraire.
Si je t’aime avec tout ce que tu es, alors j’aime aussi ta limite.
J’aime l’endroit où ton corps se ferme.
J’aime ta main qui repousse la mienne.
J’aime ton hésitation.
J’aime ton « pas maintenant ».
Et parfois, aimer signifie retirer sa main.
Alors le cadre n’est plus ce qui empêche l’amour.
Il est peut-être l’une des formes que prend l’amour.
Et là, quelque chose devient possible.
Deux êtres peuvent être très proches sans se posséder.
Un corps peut trembler sans devoir être calmé.
Une larme peut couler sans qu’on cherche immédiatement à comprendre pourquoi.
Une main peut rester immobile.
Un souffle peut rencontrer un autre souffle.
Et pendant quelques secondes, peut-être, personne n’a besoin d’être différent de ce qu’il est.
C’est cet endroit que je cherche dans le soin tantrique.
Pas une succession de gestes.
Pas une promesse.
Pas même un état particulier à atteindre.
Une rencontre.
Un toucher qui pourrait dire :
Je t’aime avec tout ce que tu es.
Parce qu’en cet instant, moi aussi,
je m’aime avec tout ce que je suis.
Et je peux te laisser libre.