Impermanence

23 Apr 2017

La vie est impermanence.

 

Je voudrais vous partager ici une expérience peu commune que j'ai vécu hier soir de manière immersive. 

 

Je mange un morceau avec mon jeune fils dans un petit restaurant dans le quartier de Beaubourg. Alors que je m'apprête à régler l'addition, j'entends un cri de femme déchirant. Mon regard se porte sur la chaussée de cette petite rue du Marais. Je vois une jeune femme à terre, chancelante. Elle hurle, mon premier réflexe est hésitant : y aller, mais mon fils de 4 ans resterait seul... je ne veux pas qu'il voit ça ! Dans l'instant plusieurs passants se précipitent sur elle. 

 

J'attrape mon fils dans mes bras et l'entraîne vers le fond du restaurant pour payer. J'ai le temps de voir la passante allongée au milieu de la rue, convulsée et tremblante comme une feuille, hurlant et le regard fixe. 

 

Alors que je m'approche de la caisse, mon rythme cardiaque explose, je transpire de tout mon corps, une frayeur s'empare de moi. Je ne peux lâcher, je ne comprends pas ce qu'il m'arrive, j'ai mon fils dans les bras, il faut que j'assure. 

 

Dégoulinant de sueur, le coeur s'emballant à tout rompre, les jambes en coton et sans prononcer le moindre mot, je vais mettre mon fils dans la voiture garée devant le restaurant. Je fais attention à ce qu'il ne voit rien. Je l'embrasse en lui disant : "ça va aller, ça va aller". Je m'apprête à monter dans la voiture avec lui, mais je n'y arrive pas, j'ai très envie de vomir, toutes mes forces me quittent. 

 

Est-ce que je vais parvenir jusqu'aux toilettes du restaurant ? J'y arrive, m'assois devant la cuvette... ma petite voix me dit : "Centre-toi, laisse couler en toi"... je fonce à la voiture. Je transpire terriblement, mon t-shirt est trempé comme si j'avais plongé dans l'eau. Dans la voiture j'ai l'impression de suffoquer, mais je m'allonge, je respire de manière très chaotique, puis je laisse passer l'énergie comme durant un soin. Je ne lutte plus, j'ai l'impression de servir cette jeune femme dont la vie l'abandonne. Je ne regarde rien de la scène, mais je ressens ce qu'elle vit, totalement. Je suis dans ma voiture et dans un autre état en même temps. Je commence à accueillir, je lâche doucement. C'est difficile car j'ai l'impression que toute mon énergie s'en va. Dès que je peux je souris à mon fils en lui disant "ça va passer, ça va passer". Il me regarde, concentré, mais sans peur, heureusement qu'il me voit régulièrement pratiquer des exercices de pranayama. 

 

Les effets s'estompent au bout de quelques minutes, je sens que ça y est, c'est fini, le transfert d'énergie est terminé. Je ne l'ai pas conscientisé, ni voulu ; il s'est fait, c'est tout. Nous sommes restés ensuite bloqués par le cordon de police, les pompiers, le Samu pendant presque 3/4 d'heure, mais le calme était revenu. Dans mon coeur je sais que la jeune fille est en vie, le motard qui l'a percutée aussi, mais pour moi à un moment c'est devenu évident que j'avais servi de fusible pour la jeune fille. Comme je le transmets aux merveilleuses personnes que j'accompagnent. On n'a rien à faire, laissons-nous traverser pour accompagner l'autre. Croyez-moi c'était une belle leçon concrète de la vie. 

 

Quand nous avons pu quitter les lieux une fois les deux blessés transportés, nous sommes allés avec mon jeune fils faire une danse médecine de la joie et nous avons dansé pendant plus de trois heures notre joie profonde d'être en vie, d'aimer la vie et de vous aimer.

 

David Blin.

 

 

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